24 avril 2024

D’une rive à l’autre de la Méditerranée – sr Anne Le Breton, SJA

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Le 12 février 2024, sr Anne Le Breton, sœur de Saint Joseph de l’Apparition, est partie en France après 56 ans de vie en Tunisie.

Nous la remercions d’avoir accepté de nous faire part de sa très belle expérience.

A mon départ de Tunis, j’ai été sollicitée pour répondre à quelques questions sur ma longue présence en Tunisie. J’y réponds très brièvement.

D’origine bretonne, 5e d’une famille très pratiquante de 7 enfants, j’ai eu cet attrait pour la vie religieuse très jeune, peut-être au contact de mes enseignantes SJA du primaire ou d’une grande tante également SJA. J’ai grandi au milieu de doutes, de rejets mais cet objectif revenait toujours.

Après mes études, un temps de Formation à la Vie Religieuse et quelques années d’enseignement dans un de nos collèges en France, j’ai été envoyée à Tunis dans notre école d’Emilie de Vialar. Cet envoi m’avait remplie de joie, rêvant toujours de partir ‘’en mission lointaine’’. Je suis restée 5 ans dans cet établissement avant d’être envoyée à Sousse dans la section Professionnelle où j’ai passé la majeure partie de mon temps dans ce pays.

Partie de France sans aucune notion sur la Tunisie, sa langue, sa culture, sa religion… (aujourd’hui cela ne serait plus concevable et heureusement !) j’avais de quoi ouvrir les yeux et les oreilles sur mon entourage ! mais aussi de sentir les morsures de l’épreuve de l’inconnu !

Dès mon arrivée à Tunis, j’ai été fascinée par la présence de Dieu dans la vie de ce peuple tunisien :

  • L’appel à la prière cinq fois par jour
  • Les priants jeunes et vieux déroulant leur tapis de prière parfois sur leur terrasse ou sur le trottoir (à l’époque) à l’heure de la prière
  • Ces rassemblements massifs devant la mosquée le vendredi jusque sur la route empêchant même la circulation
  • Les salutations journalières mentionnant Dieu

Bref, toutes ces références quotidiennes à Dieu me faisaient penser à la fidélité à l’alliance avec Abraham et son peuple marchant en présence de Dieu et cela ne manquait jamais de remettre en cause ma propre foi.

Le 2e aspect qui m’a marquée c’est l’accueil et le partage :

Dans le Sahel, j’ai eu la chance de visiter presque toutes les familles de mes élèves (adolescentes et jeunes adultes) ainsi que leurs enseignantes me permettant de mieux les connaître. La plupart de ces jeunes venant de milieux défavorisés n’avaient pas pu suivre leur cursus scolaire dit normal. J’étais frappée par leur sens de l’hospitalité (le partage des plus pauvres), l’invitation à toutes leurs fêtes : réussites scolaires, mariages, et aussi décès dans la famille.

J’ai pu voir l’évolution du pays, la promotion sociale de ‘’nos’’ jeunes : petit savoir, diplôme, salaire, cheffes de chaine dans les usines textiles alors nombreuses dans la région, ouvertures d’ateliers de couture chez elles… et ainsi aide à leurs familles puis orientation personnelle de ces jeunes vers l’informatique, les écoles de commerce pour certaines…

Un aspect plus rugueux n’a cessé de me tarauder au long de ces années : le renvoi constant à mon étrangéité (la langue : l’épreuve de ma vie en Tunisie). J’aimais beaucoup donner des cours de formation, et je le faisais en français n’ayant que quelques rudiments en langue arabe, à mon grand regret : peu à peu, je les ai cédés volontairement aux enseignantes tunisiennes pour plus de profit pour les élèves les recevant dans leur langue = besoin de l’autre différent pour remplir ma mission, s’effacer dans la confiance en l’autre, appel à l’humilité, apprendre à cheminer ensemble au nom de ce qu’on a de meilleur en soi … grande gratitude et amitié pour cette solide collaboration avec les enseignantes.

Etrangéité lors de secousses politiques du pays en 2007, en 2014 …

Bref, ces nombreuses années qui m’ont immergée dans une terre musulmane m’ont beaucoup appris et j’en reste très reconnaissante.

A présent confinée en EHPAD, entourée de personnes dépendantes et plus ou moins présentes, affrontée à la précarité physique en moi-même et dans les autres, la plongée est rude ! nouveau baptême en ce temps de carême !

Mon vécu en Tunisie m’aide à m’ouvrir à ces nouveaux visages aux belles histoires aussi, venus de partout surtout pour le personnel avec lequel je suis plus spontanément proche. Mais le pays quitté, aimé, les liens d’amitiés tissés au fil des jours restent gravés en moi et ma pensée priante y vagabonde à longueur de journée.

Que dire à qui arrive dans ce beau pays qu’est la Tunisie ?

  • Accueillez ce don d’envoi de Dieu comme une grâce d’ouverture à l’autre différent, d’enrichissement, on a tant à apprendre de notre prochain !
  • Soyez reconnaissants pour la vitalité de l’Église bien que très minoritaire dans ce monde musulman, pour sa diversité, son universalité, son dynamisme et sa foi ardente surtout chez les jeunes subsahariens.
  • Mon dernier mot est un immense merci à tous les frères et sœurs de tous bords rencontrés qui m’ont aidée à cheminer durant ces longues années

A présent vous habitez ma prière mais permettez que je me glisse aussi dans la vôtre si vous voulez bien.       

Oui pour toutes ces années ‘’Louange à Dieu’’ ‘’Hamdu lillah !’’

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