19 mai 2026

Caro est montée encore plus haut…

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« Tu es là au cœur de nos vies et c’est Toi qui nous fais vivre »

Caroline Maccacari, « Caro », habitait au deuxième étage d’une vieille maison au cœur de la médina de Tunis. Le 13 mai, à 96 ans, elle est montée encore plus haut : Notre-Dame de Fátima l’a accueillie au Paradis. L’accueil pour la messe de ses funérailles, préparé par sa grande amie Sr Françoise, nous permet de mieux la connaître.

Notre amie Caroline Maccacari, auprès de laquelle nous sommes rassemblés ce matin pour ce temps de prière et d’adieu, est née le 4 mars 1930 dans un petit village du nord de l’Italie.

En 1931, ses parents ont émigré au pays « Chti » en France, sous les brumes et les fumées des mines et c’est là qu’elle grandit avec deux autres frères.

A 14 ans, elle commence à travailler dans un atelier de couture et ce, pendant 10 ans. Au cours de cette période elle se forme grâce à un mouvement d’action catholique spécialisé pour les jeunes ouvriers, la JOC. Très vite ses qualités humaines et spirituelles sont reconnues et elle est envoyée pour trois ans, en Tunisie, comme « permanente » auprès des différentes sections de jeunes de la JOC. Elle débarque dans notre pays le 7 février 1955 juste quelques mois avant la proclamation de l’Indépendance.

Très vite elle se met en relation avec tous ces jeunes pour la plupart maltais, siciliens, italiens ou français qui travaillaient ici et là et elle crée de forts liens qui s’étendront aussi à une autre frange de la population qui employait tous ces jeunes.

Un grand réseau se met en place qui débordera très vite Tunis et demeurera de longues années.

Tout ce monde était européen mais elle rencontre pour ses courses et ses allées et venues dans les transports la population tunisienne et commence à se faire l’oreille à la langue arabe... De l’oreille on va directement au cœur et c’est ainsi qu’au terme de ses trois ans de mandat de permanente, elle fait le choix de rester en Tunisie alors que ce n’était pas prévu !

Des petits travaux l’aident à vivre et un jour un couple ami lui propose de l’épauler pour faire des études d’infirmière. Elle choisit l’école tunisienne et pendant deux ans avec ses collègues musulmans et juifs elle étudie et décroche enfin son diplôme. C’est ainsi qu’elle travaillera jusqu’à sa retraite à la santé publique tunisienne. L’acquisition en 1973 de la nationalité tunisienne lui facilitera son insertion professionnelle. Du coup sa nationalité italienne est perdue. Caro est devenue totalement tunisienne pour l’amour de ce pays et de sa population et devra désormais passer par les démarches administratives plus ou moins faciles quand elle ira visiter sa famille en France. Quelle fierté pour elle d’aller voter et elle se souvient des fameuses premières élections en 2011 !

Après sa retraite, elle donnera un coup de mains très régulier à l’économat à l’Ecole Secondaire Libre et au départ des Marianistes, ce temps gratuit sera dirigé vers la bibliothèque diocésaine rue Sidi Saber.

Comment taire aussi tout son engagement au sein de la paroisse de la Cathédrale pour que chaque temps liturgique soit compris par tous : que d’ingéniosité pour illustrer de magnifiques panneaux qui parlaient au cœur de qui entrait dans la cathédrale. Comme toujours elle avait le don de se mettre à la portée des plus humbles. N’est-ce pas à eux que Dieu se révèle en premier ? C’était dans sa vocation d’Auxiliaire de l’Apostolat qui nourrissait et structurait sa vie. Mais elle restait très discrète sur ce point.

En 1961, elle décide d’habiter seule et d’avoir son logement ; une amie bien connue aussi de notre Eglise, Marie-Thé, lui indique un petit appartement de deux pièces rue Caïd Sidi Youssef, dans les souks, moins commerçants qu’aujourd’hui et très peuplés.

Faites le calcul… 65 ans de présence fidèle, aimante, accueillante, disponible à tous ceux et celles qui vivaient dans les mêmes conditions au sein de cette courée et au-delà. La liste de ses amis est innombrable.

C’est au milieu de vous, voisins, amis qui avez veillé sur elle avec une grande tendresse, attention, délicatesse et dévouement, que Caro s’est éteinte mercredi 13 mai 2026 après seulement cinq jours d’immobilité complète.

Je n’oublierai jamais le chant qui est monté de son cœur et de ses lèvres lundi en fin d’après-midi alors qu’elle venait de me dire sa difficulté à prier : « Tu es là au cœur de nos vies et c’est Toi qui nous fais vivre. » C’était Caro tout entière, son chant de foi proclamé : Dieu était le Tout de sa vie, et cette vie qu’elle savait si bien observer, contempler et qui habitait sa prière, cette vie tout entière lui disait qui était son Dieu !

Avec Caroline, entrons nous aussi, dans ce temps de gratitude pour sa vie au cœur de ce peuple qu’elle a tant aimé sans aucun retour en arrière et qui le lui a bien rendu en cette dernière période de sa vie.

Merci à chacun d’être là pour elle et avec elle et confions-la au Dieu infiniment Patient et Consolateur.

Françoise Audebrand, psa

 

 

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