25 septembre 2022

L’alphabétisation racontée par Jeanne

L’alphabétisation – c’est-à-dire l’initiation des adultes à l’apprentissage de la langue française – est organisée au sein de l’Eglise de Tunis depuis une trentaine d’année. C’est une très belle expérience tant pour les élèves que pour les enseignants.

Jeanne Bouchacourt, une jeune et active coopérante qui après avoir passé un an à Tunis est rentrée en France au mois de juin, nous la présente et nous raconte son vécu.

Nous vous proposons aussi deux documents : les messages que St Paul VI et le Président Bourguiba ont envoyés au Directeur général de l’UNESCO pour la journée mondiale de l’alphabétisation en 1967.

L’alphabétisation reprendra en octobre ; si vous êtes disponibles à collaborer en tant que bénévoles, adressez-vous à Sr Suzanne Tixier ou au P. Narcisse de la Goulette, ou bien écrivez-nous (assistance.enseignement@gmail.com) et nous ferons suivre votre demande.

 

Juillet 2022

Pour la petite histoire, l’alphabétisation a débuté en 1991 par une demande du P.Paul Geers, un Père Blanc qui a vécu longtemps en Tunisie et y a laissé de belles traces.

Le but : permettre à des gens motivés mais avec de faibles moyens financiers d’apprendre le français

Le plus compliqué, au départ, a été la recherche de volontaires pour assurer ces cours. La première année, Sr Marie FOUQUE et Maurice BATIGNE s’occupaient chacun d’un niveau et également de l’organisation administrative. Les cours d’alphabétisation avaient alors lieu dans le bâtiment où se trouve actuellement la Caritas, rue d’Alger. Aujourd’hui, c’est l’ancienne chapelle de la rue Sidi Saber qui sert de local pour les cours.

Ce n’est qu’à partir de 1999 que les premiers coopérants DCC ont commencé à venir aider dans ce projet.

Pour ma part, je suis arrivée en juin 2021 pour collaborer avec afin d’aider l’évêché. Je n’avais pas encore en tête que j’allais donner des cours à des adultes. Bref, j’ai fait mon petit bout de chemin jusqu’à la rentrée. A partir de septembre, une rumeur a commencé à s’épandre. L’alphabétisation allait reprendre mais il manquait des professeurs, oups. Tant bien que mal je me suis cachée, mais Sr Suzanne est arrivée jusqu’à moi, peut-être une suggestion des anciens volontaires. J’ai pris mon courage à deux mains et en octobre j’ai commencé les cours du niveau deux (il y a 4 niveaux).

Mes premières impressions ont été étranges. Il y avait une trentaine d’élèves avec une connaissance du français très hétérogène, une moyenne d’âge de 50 ans et principalement des femmes, tunisiennes mais pas uniquement. Elles venaient de leur plein grès apprendre à mieux écrire et parler le français. Pendant les premiers cours, chaque élève intervenait sans lever la main pour montrer ce qu’elle connaissait. C’était la chakchouka. J’avoue que je n’étais pas habituée. Les élèves arrivaient en retard, répondaient au téléphone en cours, répondaient à la place des autres, soufflaient fort (donc hurlaient) les réponses aux autres… Je suis sortie très fatiguée de la première leçon, et de celles qui suivirent aussi.

Petit à petit, mes cours sont devenus plus ordonnés ; le nombre des participants s’est réduits, ce sont les plus motivés qui ont tenu bon jusqu’au bout.

Nous avons demandé aux élèves pourquoi elles décidaient de venir apprendre le français. Les premières réponses ont été qu’elles venaient réviser, améliorer leur niveau, jusque-là des réponses très logiques.

En creusant un peu plus, certaines nous ont dévoilé avoir des raisons plus personnelles : pour passer leur bac ; pouvoir parler avec leurs petites nièces françaises ; comprendre les chaînes de radio, télévision, la musique ; apprendre une langue aimée ; mieux connaitre le monde ; pouvoir communiquer avec la nouvelle génération ; pouvoir voyager sans avoir à demander de l’aide... Beaucoup de femmes affirment qu’elles travaillent à la maison et que venir en cours leur ouvre un horizon. Il y a également les raisons de pouvoir parler sans difficulté aux francophones dans la rue, dans les marchés, dans les postes de police. Encore une excuse pour ne pas améliorer mon niveau de tunisien… Une élève a commencé il y a 25 ans « La chèvre de Mr Seguin » et voudrait à présent le terminer ; souvent pendant le cours elle nous montre le livre, en gage de sa bonne foi.

Au tout dernier cours, une élève est venue toute tremblante au tableau écrire une phrase. A la fin, elle souffle de soulagement « Hamdoulah », soulagée d’avoir terminé.

Une chose me marque à chaque leçon : une tunisienne d’une cinquantaine d’année prend le temps d’aider chaque élève en difficulté, en leur expliquant en tunisien. Souvent, lorsqu’il y a une incompréhension, je me tourne vers et alors elle explique à sa voisine.

La rencontre avec tous ces tunisiens avides d'apprendre le français mais également le fait de rencontrer des étrangers permet d'apprendre l'humilité, la patience et l'ouverture d'esprit. En leur donnant cours, j'ai autant appris que les élèves. J'ai même progressé en grammaire et orthographe, merci Olivia. C'est une expérience très enrichissante que je conseille à tout le monde d'essayer.

 

 

 

Message au Directeur général de l’UNESCO
pour la journée mondiale de l’alphabétisation

 

A Monsieur René Maheu, Directeur Général de l’UNESCO

Nous avons appris avec une grande satisfaction qu’à la suite de la décision prise par la conférence générale des Etats membres de l’UNESCO, en sa 14e session tenue à Paris en 1966, pour la première fois serait célébrée dans le monde, le 8 septembre prochain, la Journée internationale de l’alphabétisation.

Déjà, lors du Congrès de Téhéran, en 1965, Nous avions tenu à souligner Nous-même la part que l’Eglise catholique n’avait cessé de prendre à cette grande entreprise et, dans Notre récente encyclique sur le développement des peuples, Nous avons voulu rappeler que la faim d’instruction n’est pas moins déprimante que la faim d’aliments : un analphabète est un esprit sous-alimenté. Savoir lire et écrire, acquérir une formation professionnelle, c’est reprendre confiance en soi et découvrir que l’on peut progresser avec les autres. (Populorum progressio, § 35.)

Puisse cette heureuse initiative de l’UNESCO susciter à travers le monde un vaste mouvement d’opinion publique et un généreux concours des pouvoirs responsables pour que la grande cause de la lutte contre l’analphabétisme soit efficacement soutenue par une pacifique mise en commun de toutes les bonnes volontés. Quant à Nous, Nous pouvons vous assurer que Nos fils catholiques auront à cœur d’être au premier rang de ceux qui travaillent avec désintéressement à l’alphabétisation, dans un esprit de féconde collaboration avec l’UNESCO.

Aussi est-ce de grand cœur que Nous appelons sur cette Journée internationale et tous ceux qui y participeront, pour le plus grand bénéfice de toute la famille humaine, l’abondance des célestes Bénédictions.

Pape Paul VI, 1 septembre 1967

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