9 avril 2026

1996, visite de Saint Jean-Paul II en Tunisie : un évènement toujours actuel

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Il y a 30 ans, le 14 avril…

Du 13 au 15 avril, l'Algérie accueille Sa Sainteté le pape Léon XIV ; un événement historique qui nous en rappelle un autre, survenu à la même période de l'année, le 14 avril 1996 : le voyage apostolique de saint Jean-Paul II en Tunisie.

À l'occasion de cet anniversaire, nous vous proposons les témoignages de quelques amis qui ont vécu ce moment : P. Paco, Letizia, P. Jawad, Antoine-Marie, Gabriella, Michel, Paola et P. Jacque-Bertrand nous font partager leur joie et leur gratitude.

Une visite qui nous a confirmés dans notre foi et dans notre espérance

Il y a déjà 30 ans, un 14 avril, que Jean-Paul II est venu nous rendre visite en Tunisie. Une visite courte mais dense.

Après une première rencontre avec le Président de la République, le Pape nous a rejoints à la Cathédrale pour célébrer ensemble l’Eucharistie du deuxième dimanche de Pâques. Jean-Paul II était visiblement fatigué mais il a tenu à nous saluer, un à un, tous les prêtres présents.

Dans son homélie il a parlé de notre réalité : une communauté petite et très diversifiée, image de l’Eglise universelle. Héritière des martyrs comme Perpétue et Félicité, et des enseignements de Cyprien et d’Augustin. Avec une vocation précise : être des ferments d’unité et de solidarité par le partage de vie et le travail en commun avec nos frères et sœurs musulmans.

Après un repas simple avec les évêques présents, le Pape a fait la sieste dans un dortoir improvisé près de la Chancellerie.

Après une deuxième rencontre avec Monsieur le Président, la visite a eu un autre moment fort : la prière intime de Jean-Paul à l’amphithéâtre où Perpétue et Félicitée ont été martyrisées en 203. Le Pape a encore trouvé des forces pour bénir les nombreux présents, après quoi il s’est envolé pour Rome.

Le successeur de Pierre nous a confirmés dans notre foi et dans notre espérance.

Paco Donayre, M.Afr.

 Comme le Christ parmi ses apôtres

La nouvelle de la visite du Saint-Père a réveillé en chacun de nous un nouvel élan, tant dans la prière quotidienne que dans le travail que chacun accomplissait dans l'Église de Tunis. En particulier, mon cœur chantait d'une nouvelle gratitude, car je ne m'étais jamais attendue à pouvoir voir de près un pape que j’aimais beaucoup. En effet, je l'avais suivi avec attention depuis le début, car il avait valorisé les mouvements au sein de l'Église et il offrait maintenant sa présence à une Église si petite, si apparemment négligeable, affirmant ainsi toute sa valeur universelle.

J’en garde un souvenir parmi les plus beaux de ma vie de cette période. Je n'ai jamais travaillé avec autant d'enthousiasme comme à la préparation de cette visite et je crois en avoir informé tous les Tunisiens avec lesquels j'étais en contact, en recommandant aux fournisseurs de donner le meilleur d'eux-mêmes pour cet événement : je n'ai trouvé personne d'indifférent à la chose, au contraire, ils étaient heureux de contribuer avec leurs produits ou leur travail.

Je me souviens avoir vécu des moments émouvants lorsque j'ai pu le saluer, baiser son anneau et lui dire que ma vie était pour le Christ. Le Seigneur m'offrait un beau cadeau !

Un souvenir gravé à jamais dans ma mémoire est celui où j'ai vu le Pape dans la salle à manger, prendre l'initiative de rappeler au silence les évêques présents, en entonnant l'Angélus : cet homme courbé, à la main tremblante, entouré à ce moment-là de 11 évêques, était là comme le Christ parmi ses apôtres lors de la Cène.

Il y a aussi un autre épisode qui m'a marqué à la fin du déjeuner : les évêques étaient sortis et il ne restait plus que le pape. Un serveur tunisien de l'hôtel qui avait fourni le repas, s'est précipité vers lui, a embrassé son anneau, s'est adressé à lui, très ému, et ils ont échangé quelques mots...

Letizia Vaccari, Memor Domini, en Tunisie du 1994 au 2000

Une bénédiction personnelle

En avril 1996, lorsque j’étais diacre à Paris, l'évêque de l'époque, Mgr Twal, m'appela à Tunis pour chanter l'Évangile en arabe lors de la messe avec Sa Sainteté Jean-Paul II.

On peut imaginer le stress de la préparation...

Je me souviens bien de l'Évangile de ce jour-là : les apparitions de Jésus ressuscité, avec sa salutation « La paix soit avec vous ».

Après la messe, seul le diacre pouvait entrer dans la sacristie avec le pape. Et Jean-Paul II s'adressa à moi en disant : « Écoute, le pape comprend l'arabe... Tu as ajouté quelque chose à l'Évangile, c'était long ! » « Non, Sainteté, je n'ai rien ajouté ! » répondis-je, confus et très ému. Puis je lui confiai que deux mois plus tard aurait lieu mon ordination sacerdotale, et je reçus ainsi sa bénédiction personnelle !

Jawad Alamat

 Un voyage qui a (aussi) changé ma vie !

Quelle grâce pour l’Eglise en Tunisie, et quelle chance pour moi ! Jeune coopérant Fidesco au service de la paroisse de Sfax depuis un an, je n’avais pas bien compris lorsque Mgr Twal, notre évêque, m’avait demandé, en septembre 1995, de rejoindre les services de l’Archevêché pour m’occuper du Flash. Mais lorsqu’il m’a mis dans le secret de la visite de Jean-Paul II, j’ai mieux compris pourquoi un ancien étudiant en journalisme était appelé au Secrétariat de la Prélature. Je me suis lancé alors dans les préparatifs de ce court et beau voyage, collaborant particulièrement avec le Bureau de presse du Saint-Siège.

De cette visite si particulière, je retiens d’abord l’augmentation soudaine du nombre de journalistes accrédités pour cette brève visite en raison de l’apparition des premiers soucis de santé de Jean-Paul II, et de l’enlèvement fin mars des sept moines trappistes de Tibhirine dans le pays voisin, en pleine guerre civile. Avec émotion et reconnaissance, je me souviens des encouragements du pape au « petit troupeau » des chrétiens de Tunisie lors de la messe à la cathédrale, mais aussi de son appel vibrant en vue de la libération des moines qu’il présenta alors comme des « témoins de l'Absolu de Dieu au milieu de leurs frères ». Un autre souvenir reste gravé dans ma mémoire : lorsque Jean-Paul II visita l’amphithéâtre de Carthage, se recueillant sur le lieu du martyre des saintes Félicité et Perpétue. Avec d’autres coopérants, nous avions à peine monté un groupe scout catholique sur la paroisse de La Marsa, accueillant les enfants d’expatriés, et le pape passa au milieu des enfants pour notre plus grande joie.

Quelques mois plus tard, fort de cette expérience, je démarrai ma carrière de journaliste au Vatican… Cette visite a beaucoup compté dans ma vie !

Antoine-Marie Izoard, coopérant FIDESCO de 1994 à 1996

Rendre gloire à Dieu à travers notre unité et l'accueil gratuit et joyeux de tous

Le souvenir le plus marquant que je garde de la visite de Jean-Paul II à Tunis est le grand engagement et la grande attente que nous avons tous vécus au cours des semaines qui ont précédé sa visite.

Tout s'est déroulé dans le cadre normal de notre travail : depuis le déménagement de mes bureaux et de ceux de mon collègue Marc pour permettre à notre « décoratrice » Letizia de préparer la pièce où le Saint-Père allait se reposer. Des rideaux, des tapis, des meubles sont arrivés de partout.

Et préparer la messe dans la cathédrale sous la direction de Mgr Marini avec les maigres ressources dont nous disposions. Une effervescence indescriptible !

Et puis la rencontre : Mgr Twal, l'évêque, nous avait invités, nous sept Memores Domini, les Focolarines, les Sœurs Polonaises et Sœur Concetta, à le rencontrer dans le hall de la prélature ; les photos témoignent de toute notre gratitude. Quand nous lui avons dit que nous étions Memores Domini et que Don Giussani le saluait beaucoup, je me souviens qu'il nous a répondu avec ce regard si pénétrant : « Vous êtes là aussi ! »

Les paroles qu'il nous a adressées dans son homélie, décrivant toute l'histoire de « notre petit troupeau », me semblent d'une actualité incroyable : à l'origine comme aujourd'hui, notre seule tâche est de rendre gloire à Dieu à travers le lien de notre unité et l'accueil gratuit et joyeux de tous ceux que nous rencontrons.

Il vaut la peine de reprendre ces paroles aujourd'hui.

Gabriella Bertasini, Memor Domini, en Tunisie de 1994 à 1999

Il portait en lui les signes de sa Sainteté

J'avais retrouvé ma Tunisie au début des années 90, dans le cadre de ma vie professionnelle, que j'avais quittée très jeune 30 ans plus tôt avec mes parents. C'est la terre qui m'a vu naître ainsi que mes parents et certains de mes grands-parents.

L'annonce de la visite de Jean-Paul II revêtait ainsi pour moi la dimension particulière de sa venue s'inscrivant aussi dans une considération envers une multitude de femmes et d'hommes croyants qui avaient fait vivre l'Eglise en Tunisie, l'avaient honorée, lui avaient apporté tout leur soutien à la fois financier et humain.

La grande Messe papale dans notre chère Cathédrale de Tunis, où mes parents se sont mariés, où ma sœur et moi avons été baptisés, était aussi un symbole de reconnaissance et d'hommage à tout cela. Par cette si belle journée d'avril, le peuple de Dieu se rassemblait très nombreux dans sa diversité et son unité pour l'accueillir, recevoir son message et célébrer une action de grâces. Jamais je ne pourrai oublier son entrée tant attendue. Au rythme lent de la procession d'ouverture sa silhouette puis son visage apparaissaient. L'émotion était à son comble quand il s'approchait et sa personne irradiait réellement.

Oui, il portait bien en lui les signes de sa Sainteté.

Michel Zucchero

On était tous là devant l’Essentiel

Parmi le grand nombre de faits survenus avant, pendant et après cette visite, il y a un épisode dont je garde particulièrement la mémoire.

C’était l’après-midi du dimanche 14 avril et le Saint-Père allait prier dans l’amphithéâtre de Carthage. Ce geste aurait dû être privé, puis les autorités avaient donné la permission d’y assister. J’y suis allée sans avoir une tâche à remplir, enfin la tension des dernières semaines baissait. J’étais là seulement pour regarder l’union silencieuse de cet homme avec le Seigneur. Et là, un policier tunisien qui assurait la surveillance et qui était devant moi s’est légèrement déplacé pour que je voie mieux le Saint-Père. Peut-on dire simplement qu'on était tous là devant l’Essentiel ?

Paola Moras, Memor Domini, en Tunisie du 1994 au 200

Une grande joie

J'étais coopérant Fidesco quand le pape est venu en Tunisie.

C'était les années noires en Algérie, nous étions sans nouvelles des 7 moines enlevés quelques jours avant, et en ce 2ème dimanche de Pâques, la visite du pape a été une grande joie.

Lors de la messe, deux anecdotes. L'évangile proclamé en arabe par le diacre (Jawad), celui où Jésus dit aux apôtres (sans Thomas puis avec lui) : "السلام عليكم" ("as-salam 3alaykum"), la paix soit avec vous ! Quel étonnement pour les Tunisiens présents : "leur" grande salutation proclamée par Jésus à ses disciples. La procession des offrandes dansée par des subsahariens, Jean-Paul II qui avait du mal à réceptionner les oblats transmis en dansant : rencontre d'expressions de foi dans une diversité de cultures.

La prière dans l'amphithéâtre de Carthage : les louveteaux, jeannettes, scouts et guides de La Marsa que je venais de créer faisaient la haie d'honneur, et le pape les a salués chacun personnellement (ce qui les a tous marqués, certains m'en reparlent encore 30 ans après). Et cette prière avec les martyrs anciens (il m'avait été demandé d'animer les chants), rassemblait les évêques de la CERNA (et parmi eux Pierre Claverie, lui-même martyr 3 mois et demi plus tard) et bien des prêtres, religieuses et laïcs... Petite famille des chrétiens rassemblée par-delà les siècles et les cultures, autour du Ressuscité, notre espérance, notre vie et notre chemin.

Jacques-Bertrand Robert

Ci-dessous, l’homélie de Jean-Paul II à la messe dans la cathédrale, le 14 avril 1996

Tunis 14 avril 1996 Homélie Jean Paul II

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